« The ideal antidote » (James Holden) au « present global hellscape » (DJ Haram)
Une cinquantaine de noms à l’affiche et trois nouveaux sites : BRDCST 2026 en impose et voit les choses en grand. Le programme ouvre de nouvelles frontières géographiques, avec des artistes et projets musicaux originaires d’Islande, de Suède, des États-Unis, d’Espagne, du Japon, de Corée du Sud, d’Irlande, d’Iran, d’Allemagne, du Maroc, du Royaume-Uni, du Kenya, de France, d’Afrique du Sud et de Bolivie.
Fidèle à son habitude, le BRDCST mise sur la fluidité dans les genres : hip-hop, noise, folk, black metal, néoclassique, drone, avant-garde, art-pop, cloud rap, musique traditionnelle irlandaise, post-metal, improvisation, (free) jazz, gnawa, ambient, dub, grime et trance s’enchaînent et se fondent naturellement.
Le point commun de la plupart des invités de cette édition ? Un signature sound tout à fait unique qui court-circuite les algorithmes et qui n’a absolument rien à voir avec la musique générée par l’IA. Nous vous dévoilons avec plaisir le programme, décliné en une série d’axes thématiques.
Keeley Forsyth, Stephen O’Malley (Sunn O))))) et Ichiko Aoba, les curateurs de BRDCST, dévoilent leur line-up.
En tournée européenne, la Japonaise Ichiko Aoba enchaîne les dates à guichets fermés. Mais ce sera sa première expérience de curatrice du festival BRDCST. Son plus grand coup de cœur pourrait bien être le groupe japonais GEZAN, avec lequel elle a un lien très particulier puisqu’elle était l’autre moitié du duo NUUAMM avec Mahito the People, frontman du groupe.
GEZAN se décrit comme « a dizzying blend of punk, prog, jazz and artrock ». Encore confidentiel en Occident (un « hidden gem »), ils se produisent chez eux dans des salles qui n’ont rien à envier au Madison Square Garden. Dans la même veine qu’Aoba : la musicienne islandaise Jófríður Ákadóttir a.k.a. JFDR, que Björk cite parmi ses sources d’inspiration, et le guitariste improv parisien Julien Desprez (cf. : MOPCUT et ABACAXI) dont le jeu, inspiré par le rythme des claquettes (!) surprend.
Sous le credo Stephen O’Malley presents Ideologic Organ, le fondateur du groupe de drone Sunn O))) fête les 15 ans de son label. La violoncelliste Lucy Railton - connue pour ses collaborations avec Kali Malone ou ses arrangements de Bach sur ECM - présente ainsi son premier album Blue Veil , encensé par Pitchfork (« breathtaking »).
Golem Mecanique est le nom de plume de la multi-instrumentiste française Karen Jebane, qui rend un hommage personnel au cinéaste Pier Paolo Pasolini et imprègne son folk contemporain de l’ADN du black metal. « Internationally regarded for her spellbinding timbres », Jessika Kenney est aussi connue pour ses collaborations avec Sunn O))), entre autres. Enfin, le compositeur américain Timothy Archambault s’approprie la native American Algonquin flute, avec une musique à la croisée de l’avant-garde et du folk minimaliste.
Keeley Forsyth présente son premier nom : Rainy Miller, dont Joseph, What Have You Done? est l’un des albums les plus remarquables de 2025. Crack Magazine : « Rainy Miller’s sound is a smorgasbord of avant-garde abstraction, amorphous RnB, ambient, industrial, drill, and early grime. » Forsyth, en plein tournage d’une toute nouvelle série télévisée pour la BBC (elle est aussi actrice), annoncera bientôt son programme complet.
Focus label de BRDCST : AD 93 (« Label of The Year 2025 », Pitchfork)
Moin, Coby Sey, SKY H1, Holy Tongue, Valentina Magaletti et, plus récemment, la révélation YHWH Nailgun... pas mal d’artistes du label londonien AD 93 se sont déjà produits dans le cadre du festival BRDCST. Coïncidence ou non : Pitchfork l’a propulsé au rang de « Label of The Year 2025 » et qualifié AD 93 de « one of the most interesting, unpredictable, and ambitious record labels working right now ». Pour l’édition 2026, nous avons décidé de braquer les projecteurs sur ce label.
À l’honneur : james K, qui monte pour la première fois sur scène avec un groupe live et excelle dans un down tempo, triphop et shoegaze des années nonante, rehaussé d’electro moderne et d’une touche d’artpop à la Caroline Polachek, avec une musique comme venue du futur (pour paraphraser 3voor12). Avec Goodness, feeo livre « one of the most breathtakingly beautiful albums of the year », de l’avis de Pitchfork, avec un clin d’œil à Beth Orton, Beth Gibbons et Tirzah.
Enfin, le performeur et artiste expérimental irlandais Olan Monk explore une voie musicale passionnante à la croisée d’« elements of shoegaze, witch house, cloud rap and Irish traditional music ».
L’AB inaugure deux espaces flambant neufs - l’AB Salon et l’AB Antenna - avec une série de concerts inédits en matinée, en soirée et au casque.
Même s’il faudra patienter jusqu’à l’automne 2025 pour leur inauguration proprement dite, nos tout nouveaux espaces AB Salon et AB Antenna s’ouvriront, pour un test grandeur nature, le temps de cette édition de BRDCST. Ces deux salles se trouvent dans la partie rénovée adjacente de l’AB, rue des Pierres. Dans le cadre de cette rénovation, l’AB Salon fait l’objet d’une formidable métamorphose. Cette salle intime - d’une capacité de 55 personnes - dispose désormais d’une véritable tribune, pour des sièges d’un confort optimal, et d’une installation sonore (une nouvelle fois) de premier ordre.
Elle accueillera notamment la joueuse de thérémine islandaise Hekla, la joueuse de cornemuse galicienne Carme López, le violoniste irlandais Ultan O’Brien et le formidable Klinck Trio, venu présenter My Hair Is Everywhere, un premier opus. Nous avons particulièrement hâte de découvrir la collaboration internationale unique entre le directeur du label Greyfade, Joseph Branciforte, et Jozef Dumoulin, décrit par The Wire comme « a new duo project exploring the sonic possibilities of the Fender Rhodes. About as far from 1970s Herbie Hancock as it’s possible to imagine ».
À l’affiche également dans cette salle, le pianiste virtuose Frederik Croene que l’on attend pour un formidable concert en matinée, en hommage aux pionniers de l’aviation disparus dans les airs, comme Yukio Seki, le tout premier pilote kamikaze de l’histoire, histoire de se mettre dans l’ambiance. La tubiste Berlinde Deman est attendue pour un concert de minuit. Elle s’empare de son instrument de prédilection, le serpent (un instrument à vent du XVIe siècle), pour plonger le public dans un moment de calme et d’apaisement. Pour celles et ceux qui veulent s’abandonner doucement à la nuit.
Dans l’AB Antenna (capacité : 100 personnes), le pianiste néoclassique liégeois Grégoire Gerstmans - qui s’est illustré avec Hypnagogie (d’une beauté à tomber selon Les Inrockuptibles) - donnera un concert au casque extrêmement intime; trois (!) jours d’affilée. Difficile de rêver plus beau baptême musical pour notre bâtiment.
BRDCST investit l’impressionnante galerie d’art VanhaerentsArtCollection
Nous vous l’avions annoncé : notre collaboration avec l’imposante galerie VanhaerentsArtCollection, un trésor caché niché dans un ancien bâtiment industriel du quartier bruxellois Anneessens, à un jet de pierres de l’AB. BRDCST est honoré d’y être accueilli cette année. Outre des concerts, le public de BRDCST pourra également y admirer des œuvres de Damien Hirst, Antony Gormley, David Hockney, Jeff Koons, Paul McCarthy et Cindy Sherman, entre autres.
Stephen O’Malley y présente son programme (voir plus haut) le samedi 4 avril. Seront présents le 5 avril : la Sud-Coréenne Park Jiha, qui évolue musicalement au croisement d’un ambient de toute beauté et du néoclassique. The Guardian : « The Korean composer calls to mind Björk and Philip Glass. » Mais aussi : le jeune joueur de tanbûr iranien/kurde Mohammad Mostafa Heydarian, « a revelation that has to be seen to be believed » selon Dusted Magazine.
Maalem Houssam Guinia - qui a déjà collaboré avec James Holden - fait résonner les sonorités de son signature sound brut. Son impressionnant album جوف الليل (qui signifie « Dead of Night ») révèle une « delicious raw, deep, hypnotic and spiritual Gnawa music from Morocco ».
Il suffit d’écouter le premier titre Just Because I Have a Dick Doesn’t Mean I’m a Man, extrait de Radical Acceptance, le premier opus de Joy Guidry (États-Unis), pour savoir quels sont les démons que l’artiste combat. Une femme afro-américaine dans un corps d’homme, qui lutte contre les préjugés, les mental health issues et le racisme auxquels elle est confrontée. Un combat qu’elle résout superbement, à la croisée de l’ambient, du gospel, du jazz expérimental et de la textured electronics.
Artist In Residence de BRDCST : Fenne Kuppens en solo
Fenne Kuppens, la frontwoman de Whispering Sons, déclarait récemment : « Je rêve depuis toujours de réaliser un album solo. Qui sait, cela arrivera peut-être un jour. Je vais m’y attaquer sérieusement. » Pari tenu : BRDCST propose une résidence de cinq jours à Kuppens, qui s’était déjà produite lors de l’édition 2019 avec Whispering Sons. Dans les coulisses du tout nouvel AB Salon, elle s’immergera dans la composition de nouveaux titres. Kuppens révèle une de ses facettes musicales encore inconnue : intimiste, épurée, fragile et introspective. À découvrir lors de BRDCST. On est curieux... Et on n’a pas encore tout vu !
« A renewed fascination with noise and distortion » (Resident Advisor) : bienvenue à Los Thuthanaka, DJ Haram, Nihiloxica et Lord Spikeheart.
La plateforme de musique en ligne Resident Advisor, qui se concentre sur la musique électronique, a relevé une tendance remarquable dans son rapport annuel 2025 : « A renewed fascination with noise and distortion (...) as a rejection of the overpolished club tools that continue to flood the scene. »
La référence ? Los Thuthanaka, le projet de l’Américano-bolivienne Chuquimamani-Condori (plus connue sous le nom d’ Elysia Crampton) et de son frère Joshua Chuquimia Crampton, dont le premier album éponyme a été sacré Album of the Year par Pitchfork. Resident Advisor : « It’s a fucking trip. One that might forecast the future of electronic music. » BRDCST confirme : il s’agit sans doute de l’uppercut musical le plus inattendu de l’année 2025. Une chose est sûre : Los Thuthanaka clôturera en beauté BRDCST.
Le dernier album de Nihiloxica, le collectif de percussion approuvé par Aphex Twin est un véritable coup de poing sonore, « a polyrhythmic assault, running the gamut from industrial techno to doom metal » pour citer The Guardian. Avec Igor Cavalera (actuel batteur de Soulwax), Lord Spikeheart, déjà invité à BRDCST, pousse la tension à son paroxysme sur son dernier EP REIGN. Le résultat : du noise/hip-hop kenyan percutant, imprégné de black metal.
Terminons la liste avec DJ Haram, basée à Brooklyn (l’autre figure de proue de 700 Bliss, son duo avec Moor Mother), qui se décrit comme « a multidisciplinary propagandist ». « Abrasive, politically charged noise-rap meets fractured club sensibilities » - dixit The Quietus. Son premier opus est une réponse musicale au « present global hellscape » pour reprendre ses propres termes.
Coïncidence ou non : James Holden a balancé après son passage à BRDCST : « BRDCST is the ideal antidote for paranoia & hysteria. » Une vision prophétique au vu de la situation géopolitique mondiale. Que BRDCST soit donc effectivement l’antidote idéal contre l’enfer mondial actuel.
Kurt Overbergh
Curateur du festival BRDCST