The Sound of Protest – Les chants de révolte sociale en Turquie

En mai 2018, nous fêtons le cinquantenaire de la révolte étudiante parisienne qui secoua toute l’Europe. À cette occasion, la ville de Bruxelles a baptisé 2018 « Année de la contestation » et a demandé aux acteurs culturels bruxellois de répondre à la question suivante : « Que reste-t-il, 50 ans après mai 68, de l’esprit de révolte sociale, politique et culturelle ? Quelles formes la contestation prend-elle aujourd’hui ? »
L’AB s’empare volontiers de cette thématique et joue la carte de la musique contestataire, qui trouve (malheureusement) un terreau fertile dans le climat politique et social actuel. « It’s remarkable that - in a year hijacked by Trump’s reckless, witless Twitter belches - artists didn’t dive to meet his level », analyse Pitchfork. Et Consequence Of Sound d’ajouter que « Most of the year’s socially conscious music has been far more personal than political ».
L’AB creuse le silon du « Sound Of Protest » et fait résonner les voix de lrévolte sociale turque, du grime londonien, du mouvement lack Lives Matter et des working class heroes, le tout porté par l’appel à un monde (et une musique) sans frontières.

C’est la dernière friandise en date de la scène indé : le psychédélisme turc. Des labels comme Finders Keepers ressuscitent le patrimoine turc par un flux ininterrompu de rééditions, l’héroïne populaire Selda Bağcan est redécouverte à grande échelle et des formations contemporaines comme Gaye Su Akyol, Derya Yildirim, BaBa ZuLa et Altin Gün embrassent le style avec passion. Tous font référence aux jours glorieux du psychédélisme turc, les années 60-70, période de fusion entre le rock/folk anatolien et le rock’n’roll occidental. Des artistes comme Erkin Koray (souvent samplé par Gonjasufi), Ersen, Bariș Manço, Selda Bağcan et Cem Karaca étaient les héros de l’époque, casquette qu’ils combinaient souvent avec celle d’activiste politique. Bref, le temps est venu d’ouvrir les portes du genre au grand public…

Découvrez SELDA BAĞCAN, dont les chansons sont souvent engagées, ce qui l’a rendue extrêmement populaire parmi les militants de gauche dans les années 70, marquées par une forte polarisation politique. Après le coup d’État turc en 1980, elle a été persécutée par le régime militaire, emprisonnée à trois (!) reprises et privée de son passeport, raison pour laquelle il lui fut impossible de se produire à l’étranger avant 1987. En 1993, elle a sorti le single « Uğurlar Olsun » (« adieu »), une plainte en hommage au journaliste d’investigation assassiné Uğur Mumcu. La chanson est devenue le symbole des troubles politiques des années 90. Selda a également affiché sa solidarité avec les manifestations du parc Gezi.

 

Découvrez aussi BABA ZULA, qui a jeté les fondements de ce qu’on appelle l’Istanbul psychedelia. Le son psyché inédit du groupe est un mélange d’instruments turcs traditionnels, d’electronica, de reggae et de dub, qui fait la part belle au saz (un instrument à cordes turc) électrique. La musique de BaBa ZuLa est souvent une prise de position (politique). Un titre comme « Efkarli Yaprak » (« Worried Leaf »), par exemple, évoque l’oncle du chanteur Osman Murat Ertel, un ancien journaliste qui combattait le système avec sa plume. Résultat : il fut emprisonné et torturé. Bon à savoir : parmi les compositions de Selda figure une chanson engagée, intitulée « Yaz Gazeteci Yaz », c’est-à-dire « Écris, journaliste, écris »… Deux chansons plus que jamais d’actualité…


 

TURKISH PSYCHEDELICA NIGHT FEAT. BABA ZULA + ALTIN GÜN - MER. 04.04.18 – AB Club – ACHETEZ DES BILLETS

TURKISH PSYCHEDELICA NIGHT FEAT.: SELDA BAĞCAN & BOOM PAM + DERYA YILDIRIM & GRUP ŞIMŞEK + GAYE SU AKYOL – JEU.  24.05.18 – AB Complex – ACHETEZ DES BILLETS

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