Meet the artist ! Qui est Chris Eckman ?

Chris Eckman est le cofondateur du célèbre label Glitterbeat. Début janvier, il s’est produit à l’AB Salon avec son projet Distance, Light and Sky – un mariage musical entre Chantal Acda, Eric Thieleman et lui-même. Nous l’avons rencontré avant la balance audio.

 



Vous avez démarré votre carrière de musicien au sein des Walkabouts, Chris & Carla et Dirtmusic. Comment avez-vous combiné cette activité avec celles de producteur (de groupes comme Tamikrest) et de fondateur du label Glitterbeat en 2012 ?
J’ai commencé mes premières productions au milieu des années 90. Au début, il s’agissait surtout de musiques proches des Walkabouts. Ce n’est qu’en 2009 que j’ai endossé le rôle de producteur pour Tamikrest. En réalité, tout a commencé de façon très organique, aussi bien mon travail de producteur que la fondation du label. Nous avions beaucoup de contacts dans le milieu et nous sentions que les labels ne répondaient pas complètement à nos attentes. Franchement, je n’aurais jamais cru que je suivrais cette voie un jour.
Nous avons démarré modestement avec le label, mais sa croissance a dépassé nos attentes. Le projet nous prenait toujours plus de temps. Aujourd’hui, c’est devenu un travail à temps plein – mais à vrai dire, je continue de le voir comme un projet. Je ne le vis pas comme un « travail ».

Au tout début du label, il y a eu quelques années où je jouais moins de musique. Mais aujourd’hui, je suis de retour à 100 %. J’ai eu un peu d’aide chez Glitterbeat, ce qui me permet aussi de consacrer plus de temps à la musique. Je crois que mon rôle préféré est celui de musicien. C’est là où je me sens le mieux.

À quoi faites-vous le plus attention en sélectionnant des groupes ?
Je crois qu’aujourd’hui, le terme « nouveau » est un peu surestimé. On s’en rend compte en travaillant avec des artistes plus traditionnels. Leur musique naît de la culture dans laquelle ils ont grandi. Le lien avec le quotidien – mariages, circoncisions… – y est plus fort.

Nous cherchons des groupes époustouflants. S’il y en a un que nous voulons dans notre collection, nous le signons. Ceci dit, il nous est parfois arrivé de croire vraiment à un artiste, sans pour autant parvenir à vendre ses disques…
Je crois que, si nous sommes passionnés, d’autres le seront aussi. Le son doit être envoûtant, il doit surgir du plus profond de l’âme – sans forcément être « nouveau ».

Glitterbeat a gagné le WOMEX Award pendant 5 années consécutives. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Chaque avantage a son inconvénient. L’avantage est que notre musique fait réagir un large public. Lorsque vous sortez des albums d’artistes africains ou vietnamiens, il n’est pas évident d’être repéré par les médias occidentaux ordinaires. Jusqu’à il y a peu, le segment des « musiques du monde » était assez prévisible et homogénéisant – c’était de la musique qui « meublait » les dîners, de la musique de fond. Nous changeons de cap – avec Ifriqiyya Electrique, par exemple, une musique très énergique, qui remue des choses.
D’un autre côté, gagner si souvent ce prix signifie aussi qu’il y a peu de concurrence. Nous sortons principalement de la musique contemporaine, mais non occidentale, et ce marché ne nous suit pas.

Est-ce une bonne chose que la musique soit accessible via des services de streaming comme Spotify ? Car cela implique qu’on peut se passer des disquaires.
Je crois que des services comme Spotify aident considérablement notre business. Ils permettent à chacun d’écouter énormément de musique pour presque rien. Malheureusement, ces services nuisent aussi au rôle de curateur du label. Décembre était notre meilleur mois avec pas moins de 1,5 million d’écoutes, mais cela ne nous a rapporté que quelques milliers de dollars. Si le disque physique disparaît, il sera irremplaçable. Nous avons démarré comme un label de production. Aujourd’hui, nous ne sortons que quelques disques par an. Nous ne pouvons plus nous le permettre. Les sorties sont de plus en plus déterminées par le marché, et cela m’effraie.

Comment l’importance des concerts évoluera-t-elle, d’après vous ?
Les live shows sont essentiels – vous nous avez déjà considérablement soutenus sur ce plan – et ils sont la raison principale pour laquelle nous vendons des albums. Pratiquement tout a changé dans le secteur de la musique depuis 1985, sauf les concerts, qui restent cruciaux dans tout cet écosystème.

Quelle était votre première expérience à l’AB ?
J’y ai déjà joué quelquefois avec The Walkabouts. Mais l’AB a aussi une histoire avec Glitterbeat, dont de nombreuses signatures sont programmées à BRDCST. J’ai assisté 2 fois à BRDCST et c’était toujours une superbe expérience.

 

À l’AB, BRDCST est notre période préférée de l’année. Des musiciens des quatre coins du monde s’y produisent avec des répertoires très différents. Quel est d’après vous l’intérêt d’un tel festival ?
J’y vois une façon très spéciale d’endosser le rôle de curateur. L’organisation appose son « cachet d’approbation », indépendamment du marketing de masse. Des festivals comme Le Guess Who?, Rewire & BRDCST misent davantage sur une expérience globale, et moins sur les grosses têtes d’affiche. Et ces festivals ouvrent naturellement des portes aux artistes qui se démarquent des groupes « typiques » des festivals.

Cette année encore, BRDCST programme des signatures du label Glitterbeat. Pourriez-vous donner une bonne raison à nos festivaliers de venir découvrir Refree ?
Je crois que Refree (lien) est un très bon exemple d’un artiste Glitterbeat. Il puise profondément dans la musique traditionnelle (le flamenco dans son cas), mais il essaie de la transformer en une musique pertinente pour les jeunes. Ses influences musicales se situent davantage dans l’indie et le post-punk, c’est très difficile à décrire. Mon conseil : venez voir, écouter, découvrir, et laissez-vous entraîner.

Pourriez-vous nous en dire plus sur Yonatan Gat ? Il jouera également à BRDCST.
Yonatan vient d’un groupe israélien, Monotonix – très garage. Il se produira à BRDCST avec les Eastern Medicine Singers, un groupe de batteurs amérindiens. Ils se sont rencontrés à un festival. Ce jour-là, Yonatan a invité les batteurs sur scène pour l’accompagner. Ils n’ont accepté qu’après l’avoir vu jouer. Ils ont mis la batterie au milieu et ils se sont tout simplement mis à jouer ! Une collaboration entre plusieurs artistes d’horizons différents mène souvent à une appropriation culturelle. Cela doit être bien fait. Et lui, il le fait bien.

L’année dernière, nous avons accueilli Selda Bagçan & Baba Zula, deux artistes turcs. Baba Zula revient en mai et Gaye Su Akyol se produira à l’AB Club en avril. Tous deux sont des artistes Glitterbeat. Que devons-nous savoir à leur sujet ?Gaye Su Akyol (lien) s’intéresse beaucoup au psychédélisme des années 60-70, mais sa musique intègre aussi du punk, de la surf music, du Nick Cave et du Nirvana. Cela crée une toile complexe. Mais c’est surtout une femme turque du XXIe siècle – pas évident, parce qu’il faut louvoyer sans cesse entre présent et tradition.

Quel projet musical attendez-vous avec impatience en 2019 ?
Je partirai sans doute en Corée. Ce pays abrite une académie de musique traditionnelle, où de nombreux jeunes lancent de nouveaux projets. Ils combinent de l’electronica avec des instruments traditionnels.

J’aime vraiment voyager – cela vous donne une meilleure idée de tout ce qui se joue aujourd’hui. Les voyages confirment aussi que le dialogue entre musique occidentale et traditionnelle est complexe, sur tous les continents. Autrefois, l’échange se faisait essentiellement « à sens unique », comme Paul Simon avec Graceland. On partait en Afrique, on y enregistrait un album avec des musiciens africains, et voilà tout. La communication reposait surtout sur le pouvoir et l’argent – alors qu’aujourd’hui, tout est ouvert. Vous pouvez aller au Sahara et y entendre de la musique avec des voix autotunées dans une production R&B, mais malgré tout empreinte de musique touareg. Je trouve cela génial !

BRDCST - Day Tickets & Info:ICI
Yonatan Gat  - BRDCST dimanche 07.04.19 - Tickets & Info: ICI
Refree - BRDCST dimanche 07.04.19 - Tickets & Info:ICI

Gaye Su Akyol - Vendredi 19.04.19 - Tickets & Info:ICI
BaBa ZuLa - Samedi 18.05.19 - Tickets & Info:ICI

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