AB Historique

De la maison de guilde au dancing

L’actuelle Ancienne Belgique se situe sur un site historique du cœur de Bruxelles. C’est ici que se trouvait, au XVe siècle, la maison des marchands d’Outre-mer (Meerslieden). Le lieu fait alors tour à tour office de comptoir bancaire, de salle de soins pour les malades, de salle de réunion et de salle des fêtes. Trois siècles plus tard, ce complexe est transformé en véritable centre à vocation socio-culturelle. À l’heure actuelle, la seule trace encore visible de cette époque est une plaque commémorative sur la façade, avec la mention  « Meersliedenambacht ».

Le lieu retrouve son heure de gloire à la Belle Epoque : de 1906 à 1913, le    « Vieux Düsseldorf » fait fureur avec son intérieur décoré dans le style allemand, sa capacité de 1 500 places, ses deux orchestres et son programme de variétés et de revues. Après une rénovation (la première d’une longue série), place au « Bruxelles-Kermesse », avec toujours une formule-brasserie mais aussi des acrobates, des magiciens et des projections de film. La salle deviendra plus tard un dancing populaire.  

L’âge d’or de la variété 

En  1931, Georges Mathonet, un Liégeois de 22 ans, rachète l’immeuble entier.    L’âge d’or de l’Ancienne Belgique allait débuter. Tout comme son père Arthur, Georges est un véritable business man, qui se retrouve en un temps record à la tête d’établissements similaires à Gand, Anvers et Bruxelles. L’établissement bruxellois – notre AB – allait être le seul à survivre et deviendra l’un des    music halls les plus tendance de l’époque. Succès oblige, l’immeuble est rapidement… condamné à la démolition. L’heure est en effet venue d’agrandir la salle. Celle-ci peut désormais accueillir jusqu’à 1 300 personnes, soit deux fois plus de monde.   

Et lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, Mathonet se distingue une nouvelle fois, gagnant ses galons comme résistant. La Libération fait souffler sur Bruxelles un vent de folie et l’AB devient le centre de cette explosion de joie et de soif de divertissements. La formule à succès ? En première partie, des  illusionnistes, des acrobates, des imitateurs et des comiques qui chauffent la salle. La vedette anglaise et la vedette américaine chantent ensuite trois et six chansons. Et après l’entracte, place à la tête d’affiche pendant 40 minutes.     

Des artistes comme Charles Trenet, Gilbert Bécaud, Aznavour, Georges Brassens, Edith Piaf, Adamo, mais aussi Annie Cordy et Bobbejaan Schoepen, se produisent pendant cette période. Brel brillera plusieurs fois à l’affiche. L’AB accueille souvent une dizaine de spectacles par semaine, la moitié se déroulant en « matinée ». L’ensemble est financièrement abordable et simple sur le plan technique. L’ambiance est familiale et bon enfant. Dans la salle recouverte de velours rouge, on mange, on boit, on profite du spectacle et on écoute de la musique en bavardant.   

En 1954, Bruno Coquatrix – qui avait travaillé à l’AB – prend la direction du plus célèbre music hall d’Europe : l’Olympia, à Paris. Coquatrix et Mathonet deviennent associés. L’Ancienne Belgique connaît alors dix années incroyables. En pleine vague des « yé-yé », dans les années soixante, la direction mise sur des artistes comme Johnny Hallyday et Claude François. La salle attire ainsi un nouveau public, plus jeune.  

Mais après l’incendie de l’Innovation (1967), Mathonet est contraint de mettre son immeuble aux nouvelles normes de sécurité. Un très lourd investissement qui ne sera jamais entièrement amorti. Une tentative de transformer l’Ancienne Belgique en Lido parisien échoue. La chasse aux subsides ne donne rien. En 1971, Mathonet dépose son bilan et met la clé sous la porte.    

Un vent nouveau 

Le lieu dépérit quelque temps, jusqu’à l’arrivée de Paul Ambach, amateur de jazz et de blues. L’Ancienne Belgique est selon lui une salle de concert idéale :   plus petite que Forest National, mais suffisamment grande pour accueillir une série de concerts d’envergure pleins d’ambiance. Ambach convainc le curateur  et attire jusqu’en 1979 une pléiade de grands artistes, de Leonard Cohen, Herbie Hancock et Frank Zappa à Golden Earring, Lou Reed, Kraftwerk, The Clash et The Stanglers.

En 1977, le bâtiment est racheté par le ministère des finances. Avec le Botanique, il est mis à la disposition des communautés culturelles francophone et néerlandophone. Deux secrétaires d’Etat aux affaires bruxelloises,  Messieurs Vic Anciaux (VU) et François Persoons (FDF) n’ont d’autre choix que de trouver des arrangements. Les Flamands choisissent l’AB  pour sa situation centrale et son passé populaire. La mission de la nouvelle Ancienne Belgique selon eux ? Offrir à un maximum de Flamands un lieu de rencontre chaleureux au cœur de la capitale, mais aussi un lieu de créativité, un endroit branché pour les jeunes et moins jeunes.  

Si le lieu conserve son nom d’origine, l’abréviation AB ne tarde pas à se généraliser. Son directeur, Ivo Goris, et sa toute jeune équipe de bénévoles et d’intérimaires en font une maison ouverte à toutes les initiatives. Des activités de formation en journée, des plaisirs artistiques et festifs en soirée. 

De nombreux chantiers

Mais cette situation centrale se révèle non seulement une bénédiction mais aussi une malédiction. En 1980, suite à des plaintes répétées pour nuisances sonores,  l’administration communale retire à l’AB son permis d’exploitation. De vastes travaux de rénovation s’imposent. Le chantier commence en 1992. Il se déroulera en plusieurs phases, en commençant par la Grande Salle.  

La réouverture, le 23 décembre 1983, marquera les annales de l’histoire de l’AB. Mais l’on s’aperçoit très vite que les problèmes d’insonorisation sont loin d’être réglés. Avec une licence d’exploitation limitée, l’équipe de l’AB « fait avec » courageusement. Les fêtes se prolongeant jusqu’au petit matin doivent faire place aux soirées pour lesquelles un véritable couvre-feu doit être respecté. Le moment est venu de se tourner vers des genres nouveaux, moins bruyants. La musique flamande et la musique traditionnelle d’Afrique, d’Inde et d’Amérique du Sud sont à l’affiche. Les plus grands noms du monde de la danse et du théâtre se produisent également.   

Malgré le dynamisme de l’équipe, avec Jari Demeulemeester à la direction artistique (et directeur général à partir de 1988), les menaces planent sur l’AB : descentes de police, amendes et menaces émanant des plus terribles cabinets d’avocat sont là pour rappeler le risque permanent de fermeture. 

En 1986, le ministre Patrick Dewael se décide à lancer une enquête sur les nuisances sonores. Le rapport est catastrophique, mais également porteur d’espoir puisqu’il débouche sur un nouveau programme de rénovation. Pendant la durée du chantier, l’AB et le Kaaitheater, lui aussi en transformation à l’époque, investissent provisoirement le Luna, à la place Sainctelette. Le Kaaitheater finira par s’y installer, tandis que l’AB retournera dans le centre de Bruxelles après les travaux.   

À sa réouverture en 1996, la toute nouvelle AB s’installe dans un complexe considérablement agrandi. Technologiquement, elle n’a rien à envier aux plus grandes salles du monde entier. Aujourd'hui, l’entrée principale a quitté la rue des Pierres, où se trouvent désormais l’AB café et Huis 23. Le matériel peut être acheminé via des rampes de chargement et de déchargement installées plus loin. La nouvelle entrée, située Boulevard Anspach, donne accès à l’Agora. Au premier étage se trouve une seconde salle,  acoustiquement isolée, le Club. La Grande Salle – avec ses galeries sur deux étages et son velours rouge – est la seule partie du bâtiment à avoir échappé à la rénovation. L’AB dispose aussi d’un atout de taille : son propre studio d’enregistrement qui permet la retransmission en directs des concerts via la radio, la télévision et internet.  

L’AB aujourd’hui

Depuis sa réouverture en 1996, l’AB peut également compter sur un soutien suffisant, d’abord grâce au décret Musique et ensuite grâce au décret Arts. En 2008, l’AB est le tout premier temple de la pop et du rock à être reconnu en tant qu’ « institution de la Communauté flamande ». Un privilège.

Durant toutes ces années, le profil de l’AB est resté le même à peu de choses près. L’AB propose de la musique d’aujourd’hui faite par des personnes d’aujourd’hui, dans le monde où ils vivent. Avec des concerts dans la Grande Salle et au Club, mais aussi avec AB TV, AB Sessions, des concerts de musique de chambre, des listening sessions et des conférences, au salon Huis 23. Et chaque été, les Feërieën et Boterhammen in het Park (qui fêtent leurs 25 ans  en 2014) proposent dans le cadre enchanteur du parc de Bruxelles des concerts magiques en plein air.  

L’AB, et plus encore le Club, reste aussi un tremplin pour les jeunes artistes.  Lors du festival Domino (1996 -2011) des jeunes talents ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Et aujourd’hui, l’AB soutient des projets comme Silence Is Sexy et Artists in Residence. En 2014, une nouvelle initiative a vu le jour : Get Sprouts Again: AB’s 10 voor de toekomst.

Et l’avenir s’annonce des plus radieux. Avec son ambitieux Liveurope, le temple bruxellois de la musique regarde par-delà des frontières. Grâce au soutien de la Commission européenne (dans le cadre de « Creative Europe »), l’AB reliera dès 2015 pas moins de 13 salles de concert différentes. Chacune d’elles mettra à l’honneur de jeunes artistes des pays partenaires.   

Bref, le principe de l’AB n’a pas pris une ride. Elle continue à présenter des valeurs sûres et de nouveaux talents prometteurs à un public d’amateurs de musique aussi large que possible. Avec une véritable passion pour la musique et le public. Et il n’y a aucune raison que cela change à l’avenir !